mai262012

.txt

Cyber security should probably be attained in a situation where any netizen could trust at the same time machines, memories and people.

“Trusting” implies here that they would be dully convinced that :
- Information systems will work (including the so called critical infrastructures which are digitally monitored)
- Data will be safely stored and remain confidential
- The people they are interacting with are be what they pretend to be and will act accordingly

Security in the cyberworld can be threatened not only by technical or human mistakes but also by deliberate attacks motivated by the lust for :
- money (or valuable Informations like industrial secrets which can provide an economical advantage)
- power i.e. the capacity to exert a constraint on someone’s political will
- symbolical rewards.
By symbolical rewards, we mean for instance prestige (demonstrating that you are a brilliant hacker) or revenge (punishing and humiliating a company or a government you consider as responsible for some injustice).

As long as they take place in the cyberspace, cyberattacks could include any activity intended to get data and knowledge (and to deprive the enemy or the rival of it) for strategic means, either by systems (vectors and means of processing the information), or by content, or any brutal or treacherous attempt to ensure informational domination. Under its offensive perspective, it includes operations resorting to rumor, propaganda, computer viruses which corrupt or hijack an opponent’s information or data flow, whether this is a State, an army, or a political or economic entity. The field is therefore extremely large.

As attacks are deliberate and aimed at achieving some sort of superiority (we could simply call it “victory”), in order to reach security, a Nation does not only need technical tools to ensure maximum protection or resilience of it’s computers and networks, it needs a real strategy, it’s own “art of wining”.

Wining by deterring or disarming the opponent’s hostility, shattering its willingness to reiterate attacks, is certainly a hard task for severals reasons :
- difficulty of adapting to perpetual technical change
- difficulty of relying on experience (finding similar solutions to similar challenges)
- difficulty of being certain of the attacker’s indentity
- difficulty of making the distinction between a military operation, an act of war, a criminal act, and between a politically, ideologically, criminal or playfully motivated action. Not to mention that some actors might temporarily hire mercenaries for certain tasks and that they are transnational ideologically motivated groups which do not obey to any State.

But the greatest difficulty could lie in our minds. How to think a cyberstrategy ?
It should at the same time take into account the totally innovative dimension of technology and the eternal dimension of conflict. It includes information as something desirable to get or to protect, and something which can alter human beliefs and behavior.

In classical strategy there is no equivalent to the power of a virus which spreads over the borders, or to an attack by “denial of access”, nor to the capacity of the social media to suddenly agglutinate angry crowds in “in real life” the way it happened during the so called Arab spring.

But classical strategy and philosophy teached us that information can be used according to what we could call the “four martial arts” of achieving intelligence, hiding one’s secret, creating misperception and havoc in the opponent’s mind and motivating people to support your cause.

We could support the fact that there has never been a conflict without an information strategy, and that each time we must answer the questions which already preoccupied Greek and Chinese generals:
How do we make the other believe what we desire, whether it is a matter of persuading them through reasoning, or deceiving them by a stratagem ?
How can we know what he does not know? Or how do we know what he does not know, but what we do know?
How do we make the other predictable and elusive?
Therefore the very ancient and very modern art of cyber strategy has still to find it’s equivalents or Ulysses or Sun Zi. We just started learning.

mai142012

Encourager, instrumentaliser les révoltes

DES SERVICES SECRETS À LA DIPLOMATIE PUBLIQUE 2.0 intervention au colloque ” Se révolter au XXI° siècle”

L’idée de soutenir révoltes, trahisons, scissions, séparatismes, révolutions, guerres civiles ou simples protestations chez ses voisins est tout sauf neuve. En remontant aux plus anciens traités de stratégie Sun-Zi (V° siècle) ou Énée le Tacticien (IV° siècle avant notre ère), il est facile de trouver, outre des méthodes pour utilisér l’espionnage et les messages secrets, des tactiques pour favoriser les dissensions chez son ennemi ou futur ennemi. Des agents que l’on paye ou des minorités que l’on encourage peuvent au minimum obliger les forces adverses à se disperser, au mieux précipiter leur chute en  économisant peines et batailles.

CONSTANTES STRATÉGIQUES

Toute révolte peut prendre une dimension internationale et par les intérêts qu’elle soulève et par les enthousiasmes qu’elle suscite. Les guérilleros, les révolutionnaires ou les séparatistes ont des besoins auquel pourrait répondre une aide étrangère : de l’argent, un parainnage politique, des armes, de l’entraînement, des médias, des refuges hors frontières pour refaire leurs forces, des lumières spirituelles ou idéologiques, une solidarité active qu’elle soit d’origine ethnique, religieuse, culturelle ou morale, êventuellement, des combattants, des tribunes internationales, une reconnaissance juridique, des soutiens diplomatiques, des techniques de lutte..

Sans mettre sur le même plan politique ou moral un chouan, un salfiste, un kominternien, un etara ou un refuznik, il est permis de constater des nécessités permanentes de l’action.

Quant aux gouvernements nationaux menacés, ils ont tout intérêt à dénoncer la main de l’étranger derrière un mouvement de contestation interne et à stigmatiser les opposants comme agents d’une puissance adverse. Cette trilogie étranger, révolté, autorités fonctionne d’autant mieux que les causes suscitent les passions.

En effet, à ces facteurs stratégiques constants s’ajoute l’enjeu variable de l’opinion. Un gouvernement peut aider des mouvements étrangers si sa propre population (ou ceux qui parlent en son nom) l’y pousse, et admire une noble cause les combattants de la liberté ou les justes persécutés. Il peut aussi le faire pour répandre son propre système de valeurs - surtout s’il les croit universelles - . D’où la relativité de ce qui distingue une ignoble manœuvre de services secrets armant des factieux d’une sublime manifestation de solidarité planétaire.

En d’autres termes, plus les enjeux idéologiques sont vastes (et sans doute, plus il y a de médias et de vecteurs puissants pour répandre cette idéologie), plus il y a de chances que les luttes intérieures appellent une participation extérieure. Celle-ci peut être discrète (la dénonciation de l’agent soldé de l’Angleterre, par exemple Bonnecarrère, traverse toute la Révolution qui voit partout des alliés des tyrans européens). Mais l’aide aux frères étrangers peut aussi être aussi spectaculaire  que  l’engagement de Byron à Missolonghi ou celui des  volontaires de toutes nationalités derrière Garibaldi.

INFLUENCES ET CONTRE-INFLUENCES

Plus près de nous, dans le monde bipolaire de l’après-guerre, il n’y a pratiquement pas de révolte sociale ou identitaire qui n’ait trouvé de commanditaire pour la soutenir que ce soit en paroles ou avec des missiles. Tandis que les accusations rituelles d’être une marionnette de Moscou ou un agent stipendié de la CIA se répondent. Sans que ce soit toujours faux….

Mais la situation n’est pas exactement symétrique. Il y a officiellement une “patrie du socialisme”, des partis frères qui prolongent la solidarité de la période du Komintern, des mouvements de libération soutenus par le Comité Central du PCUS. Les armes et les conseillers circulent et l’on forme beaucoup à l’université Patrice Lumumba. La seconde capitale du communisme, Pékin (imité par Tirana) soutient ses propres protégés et reçoit même ses maoïstes français ou belges d’où quelques scènes plutôt ironiques que l’on retrouve dans les mémoires d’acteurs de l’époque.  Le titre de Mecque de l’anti-impérialisme est disputé entre quelques pays du Sud et du camp du socialisme jusqu’à la fin de la décennie 80. 

Pour prendre l’exemple le plus notoire, le colonel Kadhafi pendant sa période de gloire reçoit volontiers des révolutionnaires du monde entier et ne met guère de discrétion dans son soutien aux Irlandais, à l’ETA, à la RAF, aux Brigades Rouges à de multiples fractions palestiniennes, au Front Polisario, à l’ANC sud-africaine, etc. Il n’est pas jusqu’à la cause corse qui ne reçoive son appui au nom de l’idéologie exprimée dans son petit livre vert, et qui mélange panarabisme et socialisme messianique.

Jusqu’aux années 80, il est difficile de constituer un mouvement autonomiste ou révolutionnaire sans recevoir un quelconque appui au nom de la lutte contre l’impérialisme pourvu qu’on ait pris la précaution de se dire vaguement anti-capitaliste en trois lignes d’un quelconque manifeste.

Quant aux révoltés européens d’inspiration plus ou moins marxiste, et surtout s’ils pratiquent la lutte armée, comme les Italiens ou Allemands, leurs mémoires font parfois allusions aux services de l’Est avec lesquels ils se trouvent un jour en contact. Suivant le cas, ils proposent de l’armement, des camps d’entraînement, de l’argent, un refuge où séjourner pour échapper à la police de son pays. Pour prendre un autre cas célébrissime, la vie de Carlos se divise entre de brèves phases d’action et des périodes plus longues où il séjourne chez tel ou tel commanditaire qui lui fournit le refuge ou l’armement, mais qui lui assigne aussi des objectifs. Même s’il faut rendre à la justice qu’il y a aussi des révolutionnaires des années 70 qui refusent de se faire aider par des services étrangers.

Après la chute du Mur, l’ouverture d’archives des pays de l’ex bloc soviétiques, au KGB et à la Stasi en particulier, a permis de mieux mesurer ce phénomène. Ainsi, on apprend que Klaus Croissant, avocat de la Fraction Armée Rouge qui avait bénéficié de la solidarité de Sartre, Foucault, Deleuze et Guattari, était bien un agent salarié de la Stasi entre 1981 et 1989, ce qui lui valut une condamnation avec sursis par un tribunal de Berlin en 1993. Il serait grotesque d’expliquer toutes les contestations par la main de Moscou, mais il serait ridicule de nier que les manipulations des services de l’est n’existaient pas que dans l’esprit des ultra-conservateurs.

CŒURS, ESPRITS ET MÉDIAS

La contre-partie occidentale prit des formes moins connues. Les USA ont soutenu avec force dollars, instructeurs militaires ou armes un certain nombre de régimes, mais aussi de mouvements de guérilla comme les contras ou de la résistance afghane aux soviétiques. Plus significative pour notre propos, la guerre “pour les cœurs et les esprits” a pris des formes originales. Elle s’enracine à la fois dans l’idée, datant au moins de Woodrow Wilson, que les USA ont le devoir moral de convertir à leurs valeurs universelles (ce qui accessoirement contribue à leurs intérêts). Mais elle se nourrit aussi d’une confiance dans la technologie et dans les médias comme espace naturel d’expression d’une société libre.

Si bien que les actions extérieures d’influence US mêlent souvent l’idéologique et le médiatique. La guerre “culturelle” menée par la CIA après-guerre pour contrer la vision du monde adverse se manifeste en soutenant les intellectuels anticommunistes, mais aussi les mouvements artistiques modernes tout autant qu’en développant les industries culturelles de masse censées refléter la réalité d’une société libre. À commencer par le cinéma.

Sous Einsenhower, commence la pratique de ce que l’on baptisera un peu plus tard la “diplomatie publique”. Elle repose sur une stratégie d’image des USA et en particulier sur l’utilisation de médias (des radios à l’époque) qui émettent vers l’Est et dans les langues de l’Est : Voice of America, Radio Free Europe… Les Républicains se persuadent de l’efficacité de cette stratégie d’image, mais d’autres attribuent un rôle aux télévisions commerciales de RFA dans la chute de la RDA. 

Dans la période entre la fin de l’Urss et le 11 septembre, s’impose la terme de “soft power”, pour décrire l’attractivité du modèle US. Cette séduction d’un mode de vie et d’une culture, ainsi baptisée par le doyen Joseph Nye trouve un terrain d’expression sur le Net. L’utopisme de la communication se développe vite dans la décennie 90 . 

Le vice-président de Bill Clinton, Al Gore, chante la grande Agora démocratique et électronique qui naît. Les pouvoirs libérateurs d’Internet - qui permettra à chacun de s’exprimer et qu’aucune dictature ne pourra vraiment censurer - sont un lieu commun dès les années 90, tandis que les fondations comme celle de G. Soros forment les pays de l’est à la démocratie et aident les “révolutions de couleurs” dans l’ancien bloc soviétique.

L’effet 11 septembre pousse à la synthèse - agressivité idéologique de la diplomatie publique remise à jour contre l’islamisme, confiance dans le pouvoir intrinsèquement égalitaire de la technologie pour exporter le modèle libéral. Il faut désormais combattre “l’extrémisme violent” dans les têtes, mais aussi favoriser un “empowerment” des citoyens : ils seront plus “puissants” donc plus libres en acquérant des capacités de communication sans commune mesure avec ce qui existait. Les médias et a fortiori les médias sociaux “tous vers tous” sont censés favoriser l’émergence d’une société civile libre et informée, ce qui ne saurait aller sans une démocratie parlementaire et une économie de marché dans l’esprit de beaucoup.

NOUVEAUX PROSÉLYTES

Effet de mode aidant, on ne parle plus soft mais smart power (l’influence idéologico-culturelle associée aux outils de puissance militaires, économiques et diplomatiques). Quant à la “diplomatie publique” (en quelque sorte la quête de moyens d’accroître le soft power, l’influence d’une hyperpuissance) on commence à la dire “nouvelle”, “électronique” ou “e-diplomatie”. Que ce soit par l’intermédiaire des ONG ou par le développement de réseaux de communication, tout ce qui peut exporter la démocratie est bon. D’où le passage d’un soutien au dissident politique à l’ancienne cherchant ouvertement une fin politique comme l’État de Droit, à l’assistance aux dissidents électroniques qui ne réclament que les moyens de la critique. Avec en arrière-plan l’idée implicite que les technologies qui favorisent une expression et une socialité non hiérarchique et ouvertes entraînent le choix d’une société démocratique participant de la mondialisation.

Le contenu - le discours occidental sur la liberté - compte moins que les vecteurs d’une communication libre et l’administration Obama se prononce volontiers pour une “Gouvernance du XXI° siècle” (“XXI century statecraft”) où fleuriraient une société civile vivifiée par les réseaux sociaux et l’activisme électronique sans frontière. Plutôt que l’exportation armée de la démocratie et le “regime change” de l’ère Bush, la révolution non violente par écrans interposés est vendable à l’opinion..

Ancienne méthode (comme avec la télévision arabophone Al Hurrah qui émet des USA) et nouvelle (stages pour blogueurs “arabes modérés”, aide aux technologies dites de libération qui servent à contourner la censure) peuvent ainsi cohabiter dans la continuité d’une politique d’influence. Et le soutien explicite des USA à toutes les cyberdissidences est théorisé dans un discours d’Hillary Clinton de Janvier 2010 qui visait la Chine. Il servira à prendre date au moment des révoltes arabes où les médias occidentaux aiment surévaluer la force de ce qui leur ressemble comme l’action des jeunes défenseurs des droits de l’homme souvent anglophones. Ils tendent facilement à créditer les  réseaux sociaux d’une force nouvelle : produire, de la base, sans hiérarchie et sans idéologie, des mouvements que ne peuvent contrôler les régimes autoritaires.

De là aussi quelques glissements significatifs :

- de nouveaux rapports entre l’administration et les acteurs économiques, que ce soit pour leur demander de ne pas fournir de technologies de surveillance aux dictatures ou pour les encourager à développer des moyens de contournement et de connexion, même lorsque les autocrates décident de fermer Internet (aide du département d’État au développement de la technologie Commotion, par exemple).

- l’action de fondations et think tanks, certains plutôt républicains, d’autres plutôt libéraux-libertaires qui forment des blogueurs, répandent les outils destinés par exemple à faire remonter l’information de la base sur des élections truquées (Ushaidi) et protestent contre la censure sur Internet. Fondation George W. Bush, Electronic Frontier Foundation, Cyberdissents.org, la Albert Einstein Foundation, Open Net Initiative, Freedom House, National Democratic Institute for International Affairs, Alliance of Youth Movements, National Endowment for Democracy, projet Internet et démocratie du Centre Berkman ou fondation “Ideas” de Google interviennent ainsi à divers titres.

ACTEURS ET MÉDIATIONS

Mais d’autres associations de défense de la neutralité d’Internet comme les Anonymous et Lulzsec au nom d’une conception plus radicale de la défense des libertés sur la Toile s’en prennent par les mêmes méthodes à des régimes occidentaux. 

Les changements qu’apportent des organisations de type Anonymous par rapport aux anciennes formes de révolte ou de militantisme sont multiples  :

- de nouvelles formes d’action transfrontalières comme l’assistance (logiciels) ou les conseils (instructions) fournis à des mouvements qui poursuivent leur propre objectif local (comme renverser ben Ali). Et en corollaire la capacité de mener des attaques de hackers (défaçage, déni d’accès…) contre des gouvernements étrangers, des organisations ou des entreprises parce que le collectif les juge coupables d’atteintes aux libertés.

- un militantisme qui franchit sans cesse les frontières entre l’expression d’opinion et l’action agressive. L’ancienne distinction entre le militant pacifique qui se contente de crier ce qu’il croit la vérité et l’activiste qui se bat et fait des dégâts est obsolète.

- une idéologie qui ne ne vise pas à l’instauration d’une cité idéale ou en la mise ne œuvre de revendications, mais dans la défense sans limite de la liberté et du droit à la vérité sur Internet. Donc plutôt une idéologie des moyens de la démocratie (poussés à l’anarchie et à la tyrannie de la transparence, disent leurs ennemis) plutôt que dans le désir d’un système parfait.

- un sens remarquable du symbolique dans le choix des cibles et du spectaculaire (comme le choix du fameux masque né d’un une BD)

- une participation à l’action ouvert à tous (il suffit de se dire Anonymous pour le devenir), sans hiérarchie, programme, avant-garde et masses à éclairer, donc une participation à la carte du “slacktivisme” le plus distrait (quelques clics pour contribuer à l’action) à l’engagement de haut niveau, au moins technique.

CONTRADICTIONS

Tout cela ne va évidemment pas sans quelques tensions et contradictions et l’on voit une administration qui veut doter les opposants arabes de moyens d’anonymisation traiter bien autrement Wikileaks lorsqu’il s’agit de réduire le site de Whistleblowing au silence ou démontrer qu’elle possède de puissants moyens d’interruption lorsqu’il s’agit de Megaupload et de propriété intellectuelle. L’aide aux révoltes “2.0” ou la prépression d’un activisme assimilé à une cyberdélinquance fait entrer en scène des acteurs économiques qui ont des intérêts politiques à commencer par le plus célèbre, Google. Ce n’est pas la mêeme chose d’être sponsorisé par Zuckerberg ou inspiré par Lénine.

Sans oublier un risque pour les cyberdissidents : se voir stigmatisés comme les pantins de Washington et de fournir ainsi un argument à leurs adversaires et justifier la thèse du complot U.S.

Parallèlement il n’y a plus guère de mouvement de protestation, à commencer par les indignés, qui ne recoure aux réseaux sociaux pour amplifier la protestation et coordonner l’actions “dans la vraie vie”, c’est-à-dire dans la rue. Exactement comme les mouvements islamistes ou les pillards des émeutes londoniennes capables autant que les jeunes tunisiens branchés d’employer les médias sociaux pour échapper à la censure et contrer la police. L’équivalence entre “faible” et “gentil”, comprenez l’idée que ceux qui utilisent les outils “2.0” contre une autorité sont tous partisans d’une démocratie à l’occidentale reste à démontrer.

Le soutien plus ou moins occulte aux groupes plus oui moins armés n’est pas une pratique obsolète, mais la révolution technologique croisant les révolutions politiques, la propagation des outils et stratégies de protestation et de contournement ouvre un nouveau champ.

Elle n’est pas neutre politiquement : elle émane d’un certain camp ou d’organisations d’un certain type et son effet sur ses utilisateurs favorise les organisations semi-spontanées, non hiérarchiques et à idéologie très consensuelle, les engagements à distance, les rassemblements autour d’un objectif symbolique simple ( Libérez X, Dégageons Y..). Elles ne sont peut-être pas aussi utiles une fois passé le temps de la révolte pure ou de la démonstration spectaculaire et c’est là leur principal défi.

(Source : huyghe.fr)

1PM
mai112012
12PM
mai22012
mai12012

Cent livres pour comprendre l’#influence

1. AGIR (revue) Puissance et influence n°14 2003 (numéro dirigé par E. de la Maisonneuve et F.B. Huyghe)

2. ARENDT H. Mensonge et politique in La crise de la culture, , Gallimard

3. ARISTOTE Rhétorique

4. ARQUILLA J. et RONFLEDT D. . (sous la direction de), In Athena’s camp : Preparing for Conflict in the Information Age, Santa Monica, Californie, Rand Monograph Report, Rand, 1997 téléchargeable sur www.rand.org

5. BAILLARGEON N. Petit cours d’auto-défense intellectuelle, Lux 2005 également téléchargeable, sur www.calameo.com

6. BATESON et al. La nouvelle communication Seuil 1984

7. BAUDRILLARD J. La guerre du Golfe n’a pas eu lieu, Paris, Galilée, 1991

8. BEAUVOIS Jean-Léon et JOULE Robert-Vincent Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens PUG 1987

9. BECK U, Pouvoirs et contre-pouvoirs à l’heure de la mondialisation, Editions Aubier, 2003

10. BERNAYS E. Propaganda (1928) - Comment manipuler l’opinion en démocratie, La Zones, 2007 également téléchargeable

11. BERTHO-LAVENIR C., La démocratie et les médias au XXe siècle, A. Collin, 2000

12. BOÉTIE E. de la, Le discours de la servitude volontaire ((1576), Payot 1993

13. BOLTANSKI L et Chiapello E, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, 1999

14. BOORSTIN D. L’image, 10-18 1967

15. BRETON P, Le culte d’Internet, La Découverte, 2000

16. BRETON P., PROULX S., L’explosion de la communication, La Découverte, 1989

17. BRUNE F. Les médias pensent comme moi Plon 1993

18. CAHIERS DE MÉDIOLOGIE (revue), Pourquoi des médiologues ? N° 6, 1998 et Communiquer /transmettre n° 11 2001 Gallimard (téléchargeables sur http://www.mediologie.org ), n° 13 La scène terroriste, Gallimard 2002 (dirigé par Catherine Bertho-Lavenir et F.B. Huyghe), n° 14 Missions, Fayard 2006, n° 9 Croyances en guerre Gallimard 1999, téléchargeables sur www.mediologie.org

19. CHOMSKY N. De la Propagande Ed. 10/18, Dominer le monde ou sauver la planète, Ed. 10/18.

20. COLE R.. (éd.) Encyclopedia of Propaganda, New York, M.E. Shapr

21. COLLON M. Attention médias ! Les médias-mensonges du Golfe - Manuel anti-manipulation, EPO, 1992

22. COLLON M. et al., Médias et Censure (ouvrage collectif), Ed. Université de Liège, 2004 (ISBN 2930322705)

23. CREEL G. How we advertised America New York: Harper & Brothers, 1920, téléchargeable

24. DEBORD G., La société du spectacle, Buchet Chastel, 1967

25. DEBRAY R. Cours de médiologie générale Gallimard 1991

26. DEBRAY R., L’État séducteur, Gallimard, 1993

27. DELBECQUE E. L’intelligence économique, PUF 2006

28. DERVILLE G., Le pouvoir des médias, PUG, 1997

29. DIOGÈNE (revue du conseil international de la philosophie) Persuasion et influence sociale n° 217 Janvier 2007

30. DURANDIN G. L’information, la désinformation et la réalité„ Paris, PUF, 1993

31. ECO U., La guerre du faux, Grasset, 1985

32. ELLUL J. Histoire de la propagande, 1967, 1976 PUF

33. FAYARD P., La maîtrise de l’interaction Éditions 00H00, 2000

34. FAYE Jean-Pierre, Introduction aux langages totalitaires - Théorie et transformations du récit, Hermann, 2003

35. FERRO M., L’information en uniforme : propagande, désinformation, censure et manipulation, Paris, Ramsay, 1991.

36. FLEURY-VILATTE Béatrice (Dir.), Les médias et la guerre du Golfe, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1992.

37. Fondation pour les études de défense, Les manipulations de l’image et du son, Paris, Hachette, 1996

38. FRANCOIS L. (sous la direction) Business sous influence, Editions d’Organisation, 2004.

39. Fresnault-Desruelle, L’image manipulée, Paris, Edilig 1983

40. FREUD Siegmund Psychologie collective et analyse du Moi (1921) Payot 1950, téléchargeable http://www.uqac.uquebec.ca/

41. FREUND A. Journalisme et mésinformation, Grenoble, La Pensée Sauvage, 1991.

42. GANLEY O. H. and Ganley, G. D. , To inform or to control? The new communication networks,. NY: Ablex Publisher, 1989

43. GÉRÉ F., La guerre psychologique, Paris Economica, ISC1997

44. GERVEREAU L. (sous la direction de) Dictionnaire mondial des images, Nouveau Monde 2006

45. GERVEREAU L., Les images qui mentent. Histoire du visuel au XX siècle, Paris, Seuil, 2000

46. GOSSELIN B. Le dictionnaire du lobbying EMS 2003

47. GOUREVITCH C., La propagande dans tous ses états, Paris, Flammarion, 1981

48. GUILLAUME M. L’empire des réseaux, Descartes et Cie, 2000

49. GUISNEL J., Guerre dans le cyberspace, La Découverte, 1995

50. HALIMIi S., Les nouveaux chiens de garde, Paris, Liber, 1995

51. HAN FEI Le Tao du Prince Points Sagesse 1999

52. HARBULOT, C. LUCAS D. (dir.), La guerre cognitive, Lavauzelle 2002

53. HAZAN E. LQR la propagande au quotidien Raison d’agir 2006

54. HOLLOWAY J, Change the world without taking power, Pluto Press, 2002

55. HOMBOURGER R., Goebbels, chef de publicité du IIIe Reich, Sorlot, Paris 1939

56. HUXLEY A Brave New World Revisited NY 1958, réédition Vintage UK, 2004, téléchargeable

57. HUYGHE F.B. Comprendre le pouvoir stratégique des médias, Eyrolles 2005

58. HUYGHE F.B. Ecran/Ennemi 00h00.com, 2002 également téléchargeable.

59. HUYGHE F.B. Quatrième guerre mondiale Faire mourir et faire croire. Rocher 2004

60. HUYGHE F.B., L’ennemi à l’ère numérique Chaos, information, domination, P.U.F., 2001, également téléchargeable sur www.huyghe.fr

61. HUYGHE F.B. Maîtres du faire croire. De la propagande à l’inlfuence

62. IPA “The Fine Art Of Propaganda; A Study of Father Coughlin’s Speeches” by The Institute for Propaganda Analysis, Edited by Alfred McClung Lee & Elizabeth Briant Lee, and published in 1939 by Harcourt, Brace and Company, New York.

63. JOWETT G. S. e t O’Donnell V., Propaganda and Persuasion (Thousand Oaks, CA: SAGE Publications, 1999),

64. JULLIEN F. Traité de l’efficacité Grasset 1996

65. KLEMPERER V. LTI - La langue du IIIe Reich, Albin Michel, 1996

66. LA BOETIE E. de, Discours de la servitude volontaire [1576], Flammarion, 1993 - Mille et une nuits, 1997 - Payot, 2002

67. LE BON G. La psychologie des foules 1895, édition Félix Alcan de 1905 téléchargeable sur http://www.uqac.uquebec.ca/

68. LECHERBONNIER Bernard, Les Lobbies à l’assaut de l’Europe, Albin Michel, 2007

69. MONDZAIN MJ Une image peut-elle tuer ? Bayard 2005 .

70. LINEBARGER P., Psychological warfare, New York, Arno Press,1972.

71. MAISONNEUVE E. de la Stratégie Crise et Chaos Economica 2005

72. MARCON C. et MOINET N., La stratégie réseau, Éditions 00H00.com

73. MATTELART A, Histoire de l’utopie planétaire, La Découverte, 2000

74. MATTELART A. Histoire de la société de l’information, La Découverte, 2001

75. MATTELART A. L’invention de la communication La Découverte 1994 et 1999

76. Mc LUHAN M. et Quentin FIORE Guerre et paix dans le village planétaire R. Laffont 1970

77. Mc LAURIN L. Military propaganda : Psychological warfare and operation, New York, Praeger Publishers, 1982

78. MILLER C., Propaganda Analysis, NY: Institute for Propaganda Analysis, 1937

79. MORIN E., L’esprit du temps, Grasset, 1976

80. MUCHIELLI A. L’art d’influencer A. Colin 2000

81. NYE J, Soft Power, Public affairs, New ed, 2005.

82. PACKARD V. La Persuasion clandestine, Paris Calmann-Lévy, 1958

83. PANORAMIQUES n°52 dirigé par F.B. Huyghe, L’information, c’est la guerre, 2001

84. PERLAS N, La société civile troisième pouvoir, Ed Yves Michel 2003

85. PONSONBY A. Falshood in Wartime, 1928 George Allen and Unwin. Republié par the Institute of Historical Review, 1991, téléchargeable

86. PUISEUX H, Les figures de la guerre, Paris, Gallimard, 1997 STEINER G. Les logocrates, L’Herne 2003

87. RAMONET I. Propagandes silencieuses, Galilée 2000

88. RAMPTON S. et Stauber J. L’industrie du mensonge - Lobbying, communication, publicité & médias, Agone, 2004

89. Rencontres Internationales Média-défense 1995 - Imagina, Les manipulations de l’image et du son, Pluriel, Hachette, 1996

90. ROSANVALLON P. La contre-démocratie Seuil 2006

91. SALMON C. Strorytelling La Découverte 2007

92. SFEZ L., Critique de la communication, Seuil, 1988

93. STONOR SAUNDERS F, Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre Froide culturelle, Denoël 2003

94. STUART E PR! A Social History of Spin, New York, Harper Collins, 1996),

95. SUE R, La société civile face au pouvoir, Presses de sciences Po, 2003

96. TARDE G. Les lois de l’imitation 1890, réédition Kimé 1993, téléchargeable sur http://www.uqac.uquebec.ca/

97. TCHAKHOTINE S., Le Viol des foules par la propagande politique, Gallimard, Paris 1952

98. TOFFLER A et H, Les Nouveaux pouvoirs, Fayard, 1999

99. VIRILIO P., Stratégie de la déception, Paris, Galilée, 1999.

100. WATZLAWICK P. (dirigé par), L’invention de la réalité. Comment croyons-nous ce que nous ce que nous croyons savoir ? Seuil 1992

@huyghefb

11AM

Prochain café stratégique

‘Alliance Géostratégique est heureuse de vous convier au prochain Café Stratégique qui aura lieu le jeudi 10/05.


Nous accueillerons Eric Freyssinet (chef de la division de lutte contre la cybercriminalité au Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale, animateur du blog Criminalités Numériques, qui interviendra à titre personnel) autour du thème :
“Traques sur le Net”

Venez écouter, échanger, débattre…

Jeudi 10 mai 2012 de 19h à 21h (entrée libre)
Café le Concorde, métro Assemblée nationale
239 boulevard Saint-Germain 75007 Paris


Alliance Géostratégique
—————————————————-
Webzine de géopolitique,
de défense et de sécurité
http://www.alliancegeostrategique.org

10AM

Petit guide du duel Sarkozy-Hollande

Sur le papier, c’est plié : François Hollande gagné. Sarkozy peut-il espérer regagner son retard en une prestation télévisuelle?

On connaît au moins deux cas où un débat de ce type a pu jouer à la marge : celui de Kennedy contre Nixon en 1960 et celui de Giscard contre Mitterrand en 1974. Nul ne peut prouver scientifiquement que la supériorité cathodique a entrainé la victoire dans les urnes, mais dans les deux cas il y a eu un déplacement de quelques centaines de milliers de voix, après le duel. C’est suffisant pour expliquer la victoire de JFK et VGE, juste après leur meilleure prestation devant les caméras. Pour Sarkozy, il faudrait déplacer quelque chose comme un million et demi d’électeurs, ce qui est évidemment impossible, mais voyons quand même.

DU PLATEAU AUX URNES

En 1960, Kennedy était persuadé d’avoir gagné ce soir-là par la force de l’image et Nixon d’avoir perdu pour des raisons idiotes : mal maquillé, mal rasé, sur éclairé par un spot qui le faisait transpirer comme un coupable, fatigué, il aurait fait eu l’air d’un truand sicilien face à un Kennedy frais, rose et beau. Pour renforcer cette hypothèse, une étude menée par un couple de sociologues, les Lang, donnait des éléments de réponse. Un échantillon d’électeurs écoutant le débat à la radio avait été comparé à un autre qui, lui, regardait l’écran. Les premiers donnaient la préférence à Nixon, les seconds à Kennedy. De là à conclure que l’image pouvait l’emporter sur la parole et que les règles de l’éristique (l’art de l’emporter dans un débat) différaient suivant que l’on s’affrontait à la radio ou à l’écran, il n’y avait qu’un pas qu’il est tentant de franchir.

Quant à Giscard, il se vantait d’avoir déplacé les 500.00 voix d’une élection que les sondages donnaient perdue pour lui. Et de fait, la majorité des spectateurs considérait l’alors jeune VGE comme plus brillant, plus compétent, plus convaincant… Sur un seul point, le candidat du PS l’emportait : il apparaissait comme « plus proche des gens ».

Si nous cherchons à rassembler nos souvenirs de ces débats, il nous viendra sans doute en tête des petites phrases qui sont devenues des morceaux d’anthologie.

 En 1974, Giscard avait asséné à son adversaire un « Vous êtes l’homme du passé » et un « Vous n’avez pas le monopole du cœur » ravageurs. Ce sont des répliques qui vous cassent dans une grande période lyrique, plus une démonstration de supériorité dans le maniement des chiffres.


En 1981, Mitterrand prit sa revanche. Ses « vous êtes devenu l’homme du passif » ou « ne prenez pas ce ton professoral avec moi » scandèrent t une prestation durant laquelle le candidat du PS se conduisit en dominant, ravalant son adversaire, pourtant président sortant au statut de second, ayant déjà intériorisé sa défaite.

En 1988, chacun se souvient de l’ironie glacée de Mitterrand feignant de s’agaçer que Jacques Chirac dise « Monsieur Mitterrand » pour lui asséner un « Vous avez raison Monsieur le Premier Ministre ». Ou encore on se rappelle l’affrontement quasi éthologique « Osez me dire que c’est faux en me regardant dans les yeux ». mais cette fois encore le mâle dominant, c’était le vieux chef.

En 1995, Chirac et Jospin, encadrés par deux présentateurs hilares, passèrent tellement de temps à se dire qu’ils ne se vouaient pas d’hostilité personnelle, à éviter de parler du Front National et à concéder qu’en cherchant bien on trouverait de petites différences entre eux, que cette affaire ne marqua guère les mémoires.

Et en 2002, Chirac refusa de débattre avec le Pen

En 2007, Royal restait dans l’affirmation constante (je ferai, je déciderai..), et affirma son volontarisme. Sarkozy s’amusa à l’opposer à Hollande, à Jospin ou aux contradictions de ses partisans. Il utilisa la stratégie du contre et du contournement  opposée à celle de l’affirmation et de l’énonciation. Et gagna sans doute un léger avantage (mais les sondages le donnaient déjà imbattable)

Ce fut plutôt eux egos, deux pragmatismes, mais pas deux charismes ou deux «projets de société» ou deux systèmes de valeurs ostensiblement opposés.

LE MESSAGE ET LA RELATION

Mais les duels télévisés sont un genre hybride qui ne se réduit pas à un festival de bonnes répliques. Il faut à la fois y affirmer son autorité, paraître humain et « proche des gens » et démolir son adversaire sans avoir l’air d’être le méchant.

 C’est souvent un duel où celui qui dégaine le premier perd : apparaître comme agressif est l’attitude plus anti-télévisuelle qui soit. Mc Luhan l’avait déjà remarqué : il ne faut pas chauffer face au médium froid qu’est la TV.

Dans un duel mémorable de 1986 Fabius, alors Premier ministre, tenta d’énerver le chef de l’opposition d’alors, un certain Jacques Chirac. À l ‘époque on disait aussi qu’il faisait peur, qu’il avait un tempérament bonapartiste pour ne pas dire fascisant et autoritaire, qu’il serait la première victime de ses nerfs. Au total, ce fut Laurent Fabius qui s’attira une réplique fameuse de Chirac sur le « roquet » qui tentait de lui faire perdre son calme.


En 2007 les adversaires ont rejoué la stratégie de « Bisque, bisque, rage… c’est toi qui m’attaques… ». On se souvient de la réplique de Sarkozy reprochant à Royal son énervement indigne d’une présidente et de la réplique de celle-ci sur les colères saines et nobles qu’il fallait distinguer des énervements.

On peut parier sans trop de mal que Hollande le rassembleur cherchera à enfoncer le clou de “l’homme qui divise les Français” et de l’agité, tandis que Sarkozy se fera volontiers questionneur pour souligner les contradictions de son adversaire. Pas très difficile de pronostiquer qui jouera l’offensive et qui jouera le contre. Et quelques thèmes faciles : l’expérience et l’ouverture au monde, contre l’archaïsme et l’inexpérience…

Finalement un duel de ce type a plusieurs dimensions

-    L’une est purement verbale. La recherche de la phrase qui sera à la fois pédagogique, persuasive et irréfutable y tient une grande part. De ce point de vue, les techniques modernes n’ont rien inventé sur la vieille rhétorique et ses catégories.

Notamment l’idée que l’orateur doit agir à la fois dans le registre du logos (cohérence de l’enchaînement des raisons pour amener à une certaine conclusion) du pathos (la séduction, l’émotion, les affects que l’on met en branle chez l’auditeur) et enfin l’éthos (le prestige des grands principes dont on se réclame). L’éristique, art de la controverse datant des Grecs énumérait déjà des techniques parfaitement réadaptables dont le célèbre art d’énerver son adversaire en lui disant de ne pas s’énerver, ou celui de lui asséner « tout le monde pense que…, pourquoi dites-vous le contraire ? »

-    Mais ce duel n’est pas seulement un échange de mots : il y a aussi des corps et des images qui s’affrontent dans un espace précis et suivant une dramaturgie précise. Le langage du corps et de la distance peut y jouer un rôle énorme. Que l’on se souvienne, par exemple, de Mitterrand en 1981, bien calé dans son fauteuil, souverain, marquant par sa façon de se tourner vers les journalistes combien il avait renvoyé Giscard à la périphérie. Il ne serait pas inintéressant de le comparer au corps tassé d’un Sarkozy, lors du duel contre Royak, qui jusque dans ses mimiques évoquait le joueur qui attend la balle à renvoyer juste au-dessus du filet. Certains diront : un petit garçon tassé vers qui avançait sans cesse une mère grondeuse et moralisatrice.

-    Enfin et surtout, il s’agit de mettre en jeu des valeurs et croyances profondément enracinées. La thématique de la « brutalité » ou, en sens inverse, le discours sarkozyen sur la « fin des tabous » sur la fatalité des contraintes de la crises ou sur l’archaïsme ont des exemples de la façon dont un candidat reprend ou non un courant.

SCÉNOGRAPHIES

Dernier élément à surveiller : le décor et la scénographie.

En 1981, face à un Giscard qui aurait fait n’importe quoi pour avoir “son” débat (à défaut de deux ou trois), Mitterrand imposa ses conditions avec un incroyable luxe de détails. Deux tables et non une, une distance imposée par rapport aux deux journalistes, l’éclairage, l’absence de plans de coupe et surtout - antitélévisuel au possible - le partage des plans entre deux rélisateurs qui se partageaient le temps et disaient à leur tour à un troisième réalisateur “neutre” : maintenant dut me fais un plan rapproché, maintenant je voudrais un plan amércain, etc.

La raison de toutes ces complications ? Mitterrand conseillé par Serge Moati voulait casser la stratégie de VGE (un face à face, des répliques rapides, un vrai match de tennis où il espérait être bon au filet) pour imposer une scénographie : Mitterrand déjà vainqueur parlait à trois interlocuteurs : deux journalistes et un sortant… On vient de connaître les conditions du duel du 2 mai - durée, plateau, éclairage, température, diffusion… - négociées entre les équipes des deux candidats.

Mais surtout : une table de verre unique de 2m50 séparant les deux adversaires, 2 réalisateurs, un par candidat, codirigeant un troisième “neutre” Jérôme Revon. Pas de plans de coupe… Devinez qui a imposé ces conditions dans la négociation ? Et devinez qui cela va favoriser…

“Gagner” un débat ne consiste pas seulement à multiplier les répliques de théâtre ou à pousser l’adversaire à la colère ou à l’embarras, mais à établir un rapport de dominance, et aussi à incarner un certain rapport de proximité, d’identification, etc; avec le téléspectateur.

Sarkozy, censé être un redoutable bretteur du verbe (encore que François Hollande ne manque pas d’ironie ou de réplique) n’est nullement assuré de l’emporter dans les autres domaines.





 

(Source : huyghe.fr)

9AM

Influence économique et “parties prenantes”

L’importance de l’influence dans la pratique économique à travers quelques symptômes dans le vocabulaire : L’idée que l’influence est inséparable de l’action économique, ou, si l’on préfère que communiquer compte autant que de produire ou de vendre n’est pas exactement nouvelle. Sans remonter aux Grecs, il est permis de rappeler

  • que le lobbying (le mot, ne parlons pas de la pratique) date de 1830
  • et les agences de publicité de 1841 (la publicité elle-même étant apparue dans le journal « la Presse » de Girardin en 1836, premier à être financé par la « réclame » et les annonces),
  • que les relations publiques d’entreprise (cf. Bernays)
  • et la communication de crise (cf. Ivy Lee) naissent autour de la première guerre mondiale (comme d’ailleurs l’idée de « guerre économique »),
  • que le marketing commence aux USA dans les années 1920
La lecture de manuels de management révélera qu’il existe la communication média et hors média, les relations publiques et les relations presse, le marketing direct ou indirect, la communication financière et la communication publique, l’image de marque, la réputation et le branding, le sponsoring et le mécénat, la communication événementielle, produit, marque et corporate, la communication de crise, sensible, stratégique, d’acceptabilité… Même si l’on peut soupçonner un peu de redondance et de magie verbale dans cette énumération, il se pourrait que la prolifération des mots accompagne l’assomption de la chose. Du reste l’activité économique elle-même se pense de plus en plus comme une activité communicationnelle. En témoigne le succès de la notion de « partie prenante »
Une partie prenante (stakeholder en anglais par opposition aux shareholders, les actionnaires), est concerné par l’activité de l’entreprise. Selon un des pionniers de cette théorie Freeman , les parties prenantes sont tous les groupes « ou individus qui peuvent affecter ou qui peuvent être affectés par la réalisation des objectifs de l’entreprise » D’où la très vaste acception de ce terme. Il recouvre des parties prenantes « internes » comme les employés ou le syndicats ou les actionnaires, les autorités publiques ou locales dont les décisions encadrent l’activité économique, mais aussi des associations d’usagers, de consommateurs, de riverains, de victimes, des ONG, des associations locales, des fournisseurs, des actionnaires..
Les parties prenantes peuvent donc avoir des intérêts économiques (concordants ou opposés) à la réussite de l’entreprise, mais aussi des intérêts indirects, du fait par exemple des inconvénients que l’activité de la firme a pour eux (pollution, trouble de voisinage, bénéfices pour l’économie locale..). Ou encore les parties prenantes pourraient avoir des conflits de valeur ou d’autorité (ou des rapports de coopération) avec l’entreprise. Nous ne comptons en aucune façon discuter de cette théorie mais souligner combien son succès est symptomatique. Il signifie que l’entreprise (ou du moins ses représentants les plus « modernes » à supposer que la notion de stakeholder soit encore d’actualité quand vous lirez ceci) est vue comme un « nœud de contrats ».
Elle serait comme une machine relationnelle qui doit  agir sur les perceptions de ces « parties » et les amener à « considérer » leurs intérêts communs. Cette entreprise séductrice et négociatrice semble moins soucieuse de lutter contre la rareté (définition traditionnelle de l’économie) que de gérer des relations. Au passage, on notera combien cette notion occulte celles, bassement matérialistes, de production, de choses, de marchandise…
Cette réorientation se reflète de plus en plus dans les pratiques quotidiennes des dirigeants eux-mêmes. Ainsi, la littérature managériale s’est imprégnée de tout un vocabulaire parlant d’animation, de réseaux, de différences, de réactivité, de connexions, d’autocontrôle, de mobilisation du personnel et bien sûr de fin des hiérarchies et des rigidités. Il y a quelques années, un livre comme « le nouvel esprit du capitalisme » montrait bien cette transformation du manager, autrefois exalté comme un chef énergique et performant, en une sorte de coach de ses subordonnées, toujours à l’écoute et en phase, responsabilisant et motivant, suscitant de l’enthousiasme « par projet ». Le tout bien entendu sur fond de gouvernance, culture d’entreprise et marketing écologique et éthique.
De l’entreprise “boîte noire” (métaphore cybernétique : on y entre du capital et du travail, il en sort des biens et des services) à la relation avec l’environnement (métaphore écologique : on échange et on équilibre sans rien bouleverser des équilibres), une évolution révélatrice
9AM

Influence économique et “parties prenantes”

L’importance de l’influence dans la pratique économique à travers quelques symptômes dans le vocabulaire : L’idée que l’influence est inséparable de l’action économique, ou, si l’on préfère que communiquer compte autant que de produire ou de vendre n’est pas exactement nouvelle. Sans remonter aux Grecs, il est permis de rappeler

  • que le lobbying (le mot, ne parlons pas de la pratique) date de 1830
  • et les agences de publicité de 1841 (la publicité elle-même étant apparue dans le journal « la Presse » de Girardin en 1836, premier à être financé par la « réclame » et les annonces),
  • que les relations publiques d’entreprise (cf. Bernays)
  • et la communication de crise (cf. Ivy Lee) naissent autour de la première guerre mondiale (comme d’ailleurs l’idée de « guerre économique »),
  • que le marketing commence aux USA dans les années 1920

La lecture de manuels de management révélera qu’il existe la communication média et hors média, les relations publiques et les relations presse, le marketing direct ou indirect, la communication financière et la communication publique, l’image de marque, la réputation et le branding, le sponsoring et le mécénat, la communication événementielle, produit, marque et corporate, la communication de crise, sensible, stratégique, d’acceptabilité… Même si l’on peut soupçonner un peu de redondance et de magie verbale dans cette énumération, il se pourrait que la prolifération des mots accompagne l’assomption de la chose. Du reste l’activité économique elle-même se pense de plus en plus comme une activité communicationnelle. En témoigne le succès de la notion de « partie prenante »

Une partie prenante (stakeholder en anglais par opposition aux shareholders, les actionnaires), est concerné par l’activité de l’entreprise. Selon un des pionniers de cette théorie Freeman , les parties prenantes sont tous les groupes « ou individus qui peuvent affecter ou qui peuvent être affectés par la réalisation des objectifs de l’entreprise » D’où la très vaste acception de ce terme. Il recouvre des parties prenantes « internes » comme les employés ou le syndicats ou les actionnaires, les autorités publiques ou locales dont les décisions encadrent l’activité économique, mais aussi des associations d’usagers, de consommateurs, de riverains, de victimes, des ONG, des associations locales, des fournisseurs, des actionnaires..
Les parties prenantes peuvent donc avoir des intérêts économiques (concordants ou opposés) à la réussite de l’entreprise, mais aussi des intérêts indirects, du fait par exemple des inconvénients que l’activité de la firme a pour eux (pollution, trouble de voisinage, bénéfices pour l’économie locale..). Ou encore les parties prenantes pourraient avoir des conflits de valeur ou d’autorité (ou des rapports de coopération) avec l’entreprise. Nous ne comptons en aucune façon discuter de cette théorie mais souligner combien son succès est symptomatique. Il signifie que l’entreprise (ou du moins ses représentants les plus « modernes » à supposer que la notion de stakeholder soit encore d’actualité quand vous lirez ceci) est vue comme un « nœud de contrats ».
Elle serait comme une machine relationnelle qui doit  agir sur les perceptions de ces « parties » et les amener à « considérer » leurs intérêts communs. Cette entreprise séductrice et négociatrice semble moins soucieuse de lutter contre la rareté (définition traditionnelle de l’économie) que de gérer des relations. Au passage, on notera combien cette notion occulte celles, bassement matérialistes, de production, de choses, de marchandise…
Cette réorientation se reflète de plus en plus dans les pratiques quotidiennes des dirigeants eux-mêmes. Ainsi, la littérature managériale s’est imprégnée de tout un vocabulaire parlant d’animation, de réseaux, de différences, de réactivité, de connexions, d’autocontrôle, de mobilisation du personnel et bien sûr de fin des hiérarchies et des rigidités.

Il y a quelques années, un livre comme « le nouvel esprit du capitalisme » montrait bien cette transformation du manager, autrefois exalté comme un chef énergique et performant, en une sorte de coach de ses subordonnées, toujours à l’écoute et en phase, responsabilisant et motivant, suscitant de l’enthousiasme « par projet ». Le tout bien entendu sur fond de gouvernance, culture d’entreprise et marketing écologique et éthique.

De l’entreprise “boîte noire” (métaphore cybernétique : on y entre du capital et du travail, il en sort des biens et des services) à la relation avec l’environnement (métaphore écologique : on échange et on équilibre sans rien bouleverser des équilibres), une évolution révélatrice
avril302012
7PM
“RHÉTORIQUE

« Le propre de la rhétorique, c’est de reconnaître ce qui est probable et ce qui a l’apparence de la probabilité. » Aristote

Rhétorique :

« L’art d’extraire de tout sujet le degré de persuasion qu’il comporte. » Roland Barthes

6PM

Technologies de contrôle vs contrôle technologique

LE PROCHAIN NUMÉRO DE L’OBSERVATOIRE GÉOSTRATÉGIQUE DE L’INFORMATION

newsletter gratuite disponible sur le site de l’Iris mise en ligne dans quelques jours.

Il y a environ un an, l’Observatoire géostratégique de l’information publiait un numéro sur les révolutions arabes et sur le rôle des réseaux sociaux .

 Nous y disions, quitte à être rabat-joie et à rebours de l’opinion dominante, que ce rôle n’était 

- ni tout-puissant, 

- ni une cause suffisante (à supposer qu’il s’agisse d’une cause nécessaire), 

- ni unique, 

- ni explicable hors de son contexte (et notamment d’une écologie de médias plus anciens), 

- ni forcément au service des démocrates, ni, peut-être, aussi efficace une fois renversés les pouvoirs qui s’appuyaient sur le monopole de la parole. 

Nous disions aussi que l’État dictatorial ne serait pas incapable d’évoluer et qu’il inventerait sans doute d’autres méthodes contre les cyberdissidences et protestations sur les réseaux sociaux. Sur ce point l’exemple syrien ne nous a sans doute pas démentis.

Rien de ce qui précède ne contredit le fait que les réseaux ou médias sociaux jouent un rôle crucial en créant un nouveau type de relations communautaires et qu’ils semblent désormais associés à toutes les formes d’action politique.

Le prochain numéro de l’Observatoire Géostratégique de l’Information, sur le site de l’IRIS,  pose la question des technologies dites de libération et de contrôle. Elles sont destinées, pour les premières, à favoriser l’expression ou l’organisation de groupes protestataires et pour les secondes, à les combattre. Cette terminologie (d’ailleurs critiquable), passe dans l’usage, même si certains préféreraient parler de contournement de la censure ou de surveillance.  

Qui l’emportera ?

Les machines et les logiciels qui permettent de :

- Couper Internet ? 

- Baisser le débit pour rendre impossible la transmission d’images ? 

- Contrôler en amont des fournisseurs d’accès plus faciles à contrôler ? 

- Reconvertir des technologies destinées à protéger le droit d’auteur et la propriété intellectuelle en machines policières ?

- Empêcher les contenus illicites de circuler en repérant des mots clefs ou des images ?

- Profiter de l’existence de réseaux d’opposants pour les repérer et anticiper l’action de l’oppositions ? - - Mobiliser ses partisans pour qu’ils submergent les messages des contestataires ou qu’ils attaquent leurs sites ? 

- Arrêter les internautes “dans la vraie vie” ?  S’infiltrer pour désinformer ou repérer les adversaires ? 

- Obtenir (éventuellement après interrogatoire) des mots de passe et se faire passer pour des dissidents ?

Ou au contraire les dispositifs de cryptologie, d’anonymisation de création de réseaux privés, de journalisme citoyen, etc ?

De quels outils a-t-on besoin pour se libérer ou se rebeller ?

-  On songe tout de suite à des moyens d’expression qui permettent d’envoyer des images de la répression aux médias internationaux. 

- Ou aux blogs qui font émerger des dissidents influents hors des appareils politiques. 

- Mais l’action collective suppose d’autres fonctions : se connecter à des inconnus, agrandir le réseau, se coordonner, redoubler la diffusion publique de messageries privées, et bien sûr se rendre anonyme.  

- Sans oublier les simples impératifs de la connexion : avoir un réseau, un point d’accès à Internet, en dépit des coupures, des censures et des baisses de débit.  

Ushaidi, Pirate Box, Tor, Commotion… des noms nouveaux apparaissent pour désigner des outils spécialement conçus pour aider les dissidences.

Quelle stratégie, - du faible ou du fort- pour quelle technologie et dans quelle perspective politique ?

Le Sommaire

Contrôle et guérilla à l’ère numériqueF.B. Huyghe

Internet : l’impossible contrôleL. Morillon

Société du fichage vs  Société de défiance : qui remportera la mise? N. Arpagian

Cyberdissidence et changement social : les sociétés de l’information libreA. Gévaudan

Préserver l’anonymat par un identité numérique de confianceB. Boyer

Pirate Box : mode d’emploi Quelles applications et quelles limites? P. Blanc

Le dilemme chinois du dictateurC. Bwele

La logique de l’épée et du bouclier dans l’univers du cyberespaceY Harell

Débat C. Bwele Y Harrel

Technologies “de libération” : quelle réalité? F.B. Huyghe

Glossaire

@huyghefb

(Source : huyghe.fr)

avril292012

Cybersécurité et cyberstratégie

INTRODUCTION : le long passé de la cybersécurité

EN ATTENDANT LES BARBARES

L’attente de la grande attaque (Pearl Harbour, Cybergeddon…) ou du grand accident qui provoquerait le chaos dans des sociétés dépendantes de leurs prothèses électroniques est tout sauf nouvelle. Comme deux mythes concurrents - Big Brother qui surveillera tout ou l’Agora électronique où aucun pouvoir central ne contrôlera plus l’expression démocratique - celui-ci date plus de vingt ans. À certains égards, nous ressemblons au lieutenant Drago dans le Désert des Tartares de Dino Buzatti : nous attendons sur la muraille (fut-elle un firewall) que surgisse le danger ultime du fond de l’horizon.

QUAND LA SÉCURITÉ DEVIENT GLOBALE

Seconde tendance lourde, outre la crainte de la crise contagieuse, la pensée stratégique - aux USA et en France en tout cas - tend de plus en plus à fusionner tous les dangers - guerre, terrorisme, catastrophes écologiques et, bien sûr, informatiques - dans la catégorie d’une sécurité “globale” où s’atténueraient les différences entre l’interne et l’externe, le militaire, l’économique et le politique, etc… Donc à penser en termes de “menaces” et de système…

MENACES

     UN DANGER INHÉRENT À LA TECHNIQUE

Dépendre de la technologie

Plus nous confions nos opérations, nos richesses, nos mémoires, nos opérations mentales, etc. à des processus numériques et à des réseaux, plus nous courons un risque lié au savoir.

  • Savoir insuffisant (celui de nos systèmes de protection forcément imparfaits à la mesure de leur complexité),
  • savoir “désirable” (vol de données, d’identités…) qui rend le crime ou l’attaque plus rentables dans le cyberespace,
  • savoir offensif (pour être un cybercriminel ou un cyberguerrier redoutable, il suffit de moyens matériels modestes, mais il faut des connaissances certes sophistiquées, mais transmissibles “de cerveau à cerveau”).

La quête de la sécurité parfaite

Peut-on imaginer une réponse purement technologique et défensive dans des systèmes de plus en plus complexes par leur structure ?

     QUE CRAIGNONS-NOUS ?

La perte de nos secrets

Nouvelle version de l’espionnage : la cybersécurité repose sur la protection du secret (données précieuses ou voies d’accès aux systèmes de contrôle) par le secret (mot de passe, technologie de confidentialité, p.e.) et contre des attaques secrètes par leur principe (à l’insu du propriétaire légitime).

La paralysie du système

Nouvelle version du sabotage : l’attaque informatique vise à la perturbation d’un système, à la perte de contrôle ou éventuellement à la contagion du chaos.

Le pouvoir de l’opinion

Nouvelle version de la désinformation : l’attaque informatique vise souvent soit à provoquer des comportements erronés des dirigeants, soit à les disqualifier auprès de l’opinion. Nous touchons ici la très fragile frontière entre une attaque informatique “pure” de nature technique et une action par ou sur l’opinion publique (donc aux problématiques de cyberdissidence, liberté d’opinion, technologies de contrôle ou de libération, etc.)

        L’ENNEMI, LA GUERRE ?

La séparation - clairement établie dans notre tradition intellectuelle- entre conflit privé ou public, ennemi et concurrent, etc, est mise à mal, surtout du fait de l’anonymat des attaques.

But politique de l’attaque : pouvoir

L’attaque vise-t-elle à exercer une contrainte sur une volonté politique (comme la guerre au sens de Clausewitz) ?

Intérêt économique : gain

L’attaque est-elle destinée à gagner un avantage en termes de performance (voler une technologie ou des données précieuses, handicaper un rival) dans une perspective de concurrence et non d’hostilité ?

Motivation idéologique : influence

L’attaque a-t-elle pour but de proclamer une idée, d’humilier ou de punir un “coupable”, d’attenter à son prestige ou à sa crédibilité ? En ce cas, il faut s’interroger sur les motivations idéologiques d’une action symbolique.

      PENSER UNE NOUVELLE STRATÉGIE

Espace

Les frontières ne sont pas dépassées

Si les électrons circulent librement et si les réseaux offrent d’innombrables voies à l’attaque, le territoire n’a pas perdu ses droits : les terminaux et infrastructructures sont quelque part, telle attaque porte atteinte à la souveraineté de tel État, etc.

Temps

Gagner et perdre par le contrôle du temps

La lutte informatique consiste souvent soit à gagner un avantage dans le délai d’acquisition de connaissances (espionnage) soit à faire perdre littéralement du temps à l’adversaire ou au concurrent (retarder le fonctionnement d’un système, bloquer, empêcher la résilience…)

Force

L’emporter et menacer

La transposition des notions classiques de la stratégie : occuper une zone décisive, exercer une pression supérieure, causer des pertes insupportables… se fait mal dans le monde numérique. Et davantage encore l’évaluation du gain ou de la perte future (conditionnelles) que présuppose la dissuasion

Victoire

Quand sait-on que l’on a gagné ?

Entre le caractère aléatoire des résultats de l’attaque et la difficulté de distinguer les objectifs réels (toujours la question de l’anonymat), la mesure des résultats atteints ou de la contrainte exercée sur l’autre acteur est un problème tout aussi crucial.

CONCLUSION

Les conditions d’une véritable cyberstratégie commencent à se dessiner : à la fois une redéfinition du domaine d’action du souverain (l’État) dont une doctrine d’emploi des nouvelles armes et une réinterprétation des règle du jeu.

← Articles anciens Page 1 sur 21